samedi 23 février 2013

COLLECTIVITES D’INTELLIGENCES ET INNOVATION


Par Clark G. KHADIGE, dba, desg
ABSTRAITS
L’innovation reste pour une entreprise un outil important de différenciation, sans que nécessairement elle puisse donner un avantage décisif à long terme. Si l’esprit créatif et innovatif de concepts de marques et de produits permet d’influencer les styles et qualités de vie recherchés par les individus, il ne donne à une entreprise une réelle valeur que s’il est constant et que s’il accompagne les aspirations et les attentes de ces derniers.
L’objectif de cet article est de mettre en évidence l’action et l’influence du concept d’innovation qui se doit d’être un apport aux changements des habitudes afin de permettre une meilleure créativité dans la conception de produits d’usage courant.
MOTS-CLÉS
Changement – Habitude – Innovation – Nouveau – Intelligence – Différenciation - Distinction

ABSTRACTS 
Innovation remains for any organization an important tool in differentiation, without necessarily giving a long-term decisive advantage. If creative and innovative minds in conceiving brands and products allows influencing lifestyles and quality of life, looked for by individuals, it may not give to an organization a real and decisive value that may remain constant if it does not meet with the aspirations and expectations of these individuals.  
The objective of this article is to put in evidence the action and the influence of the innovation concept that must be a contribution to the change of habits in order to allow a better creativity in the conception of currently new usage products. 
KEYWORDS 
Change - Habit - Innovation - New - Intelligence - Differentiation - Distinction 


L’innovation a toujours été pour l’entreprise un outil de créativité, de croissance, d’évolution, d’expansion et de compétitivité.  Durant un moment, l’innovation n’était pas monnaie courante car l’entreprise se basait principalement sur des connaissances apparentes des marchés et des comportements de choix, d’achat et d’utilisation. Ce que l’on voyait était la règle à suivre.

L’innovation n’était pas à l’ordre du jour. C’est la concurrence qui, d’une manière comme d’une autre, a entraîné les entreprises à réfléchir sur des moyens de différenciation possible afin de booster vente et développement. Mais que représente vraiment l’innovation ?

La rédaction de Pluriel, la revue de réflexion de l’APM[1], écrit dans son éditorial :

« La difficulté avec l’innovation, c'est que chacun y va de son refrain. Pour les scientifiques, elle signifie invention et découverte. Pour les artistes et les concepteurs, elle évoque l’inspiration et la créativité. Pour les commerciaux et les stratèges, il s’agit de conquérir des parts de marchés…   Petit rappel donc sur le terme innover: « novus », nouveau. Innover: introduire une nouveauté propre à faire changer les usages.

On innove avec l’idée d’améliorer l’existant afin de progresser, d’évoluer. Innover pour ne pas condamner son entreprise à plus ou moins long terme. L’idée géniale ne se trouve pas toute seule dans un coin. Elle naît puis mûrit de la rencontre fortuite et spontanée entre des divergences, des échanges ouverts, des interactions inédites entre les intelligences.

Elle prend sa source dans les contrastes et les imprévus. C’est tout l’enjeu du management d’aujourd’hui : comment créer dans son organisation les conditions du renouveau. Innovation durable, innovation ouverte, innovation permanente… »

Mais la concurrence, toujours à l’affût des bonnes opportunités, exerçait constamment, et de plus en plus, de  fortes pressions sur l’entreprise autant que sur les marchés. La première innovation fut celle d’offrir des choix. L’Intelligence Économique de par sa première fonction, (qui est celle de collecter tout type d’information), allait apporter une vision constamment différente des marchés d’opération : celle des marchés en mouvement continu.

Frédéric FRERY dans l’interview accordée à la revue Pluriel[2] soutient que l’innovation « …permet de s’extraire des guerres de prix entre des offres banalisées et de relancer le jeu concurrentiel sur de nouvelles bases. Si une entreprise ne prend pas l’initiative, (d’innover), un concurrent le fera à sa place et redéfinira les conditions de marché à son avantage. Innover est donc un risque. Mais ne pas innover l’est tout autant. Et c’est généralement l’interaction concurrentielle qui en est le facteur déclenchant ».

On ne pourrait pas dire simplement qu’un marché change, croît ou évolue, termes que l’on utilise trop simplement dans le langage courant, mais on dirait plutôt, et comme nous l’avions dit dans nos articles précédents, qu’un marché est en constant bouleversement. Ce bouleversement est principalement issu d’une demande continue du nouveau. Les produits et les marques naissent, vivent et meurent et sont remplacés par de nouveaux, pleins de promesses souvent trop éphémères.

Ces générations nouvelles de produits et de marques laissent la nostalgie des précédents, ceux à qui on reconnaît des qualités que l’on ne retrouve plus. Nous pourrions prendre en exemple l’industrialisation des produits de consommation qui n’ont plus ni l’âme ni le goût de ceux du terroir, malgré tous les efforts des entreprises. La production de masse et la demande obligent.

Tout marché est donc en bouleversement perpétuel, car cette demande en produits et en marques est dépendante de plusieurs facteurs :

 Ø Le premier concerne bien entendu, l’obsolescence d’utilisation. Les individus ayant atteint le niveau de consommation et/ou d’utilisation par réflexes, ou par automatisme, semblent fatigués d’une habitude qui, tant soit peu, leur a apporté quelque chose de différent, quelque chose de nouveau. Cette fatigue tend à leur faire rechercher autre chose, parfois difficile à définir. Cette obsolescence est source de malaise et d’insatisfaction de la condition de consommation.

 Ø Le second facteur concerne, lui, la recherche du meilleur, le changement ou l’illusion du changement pour le mieux. La pléthore de produits mise à sa disposition, a des particularités, des avantages, des propriétés ou un niveau de qualité qui les différencient, d’une manière comme d’une autre, produits qui gardent la même fonction et la même fonctionnalité c’est-à-dire résoudre des problèmes, satisfaire à des besoins plus ou moins pressants, plus ou moins stressants, tant soit peu, répondre à des attentes et créer de nouvelles situations. L’action de ces produits  représente leur raison d’être. En quête continue du changement satisfaisant, l’individu se voit encore une fois pris dans l’engrenage du bien passant au mieux et aspirant au meilleur. A un certain moment, le meilleur, par habitude d’utilisation ou de consommation, retombe au niveau du bien. Et le cycle recommence.

 Ø Le troisième facteur réside dans la rivalité entre individus. Ne pas être comme les autres dans la manière de choisir tout en respectant les normes de tolérance de la société. Cette identification au distinct plutôt qu’au différent caractérise souvent les comportements de choix, d’achat et de consommation/utilisation. Dans les pays où les individus sont caractérisés par des comportements affectifs, l’importance du faire-voir est primordial. L’apparence externe est de mise, alors que dans les pays où les individus sont plus rationnels, la fonction et le résultat sont la clé de l’action.

 Ø Le quatrième facteur est relatif au choix des marques. La première question que l’on pourrait se reposer, une fois de plus, serait : que représente une marque dans la vie d’un individu ? Nous avions déjà ouvert ce sujet dans d’autres articles[3], mais nous rappellerons simplement qu’une marque représente surtout une qualité de vie. Ainsi vivre en Rolls Royce, n’est pas vivre en Hyundai, car les concepts de qualité varient suivant les composants utilisés et leurs caractéristiques principales : longévité, durabilité, prix, confort, consommation d’énergie, etc. Pour chaque niveau social il existe un niveau de qualité qui dépend surtout, et avant tout, du revenu des individus[4] et de la valeur qu’il s’attend à recevoir.

 Ø Le cinquième facteur a rapport aux produits choisis, achetés, consommés et/ou utilisés. Ici aussi, rappelons ce que nous avions défini comme caractéristique cognitive des produits : ils sont représentatifs de styles de vie. Ils sont, aussi, une représentation sociale si on considère que les produits de consommation sont pris plus de quatre-vingt pourcent des fois en groupe (de deux personnes au minimum), quand les produits d’utilisation sont utilisés en moyenne à vingt pourcent des fois, en groupe.

Grand débat que l’on pourrait ouvrir sur le sujet. Contentons-nous de considérer qu’un produit est consommé et/ou utilisé par toutes les classes sociales. Ce qui va faire la différence, c’est le niveau de qualité, le prix et surtout la marque.

 Ø Etc.

Le risque du changement des styles de vie et de l’évolution vers une qualité de vie de plus en plus exigeante, est pratiquement encouru par tous et tout le temps. L’individu, cet éternel insatisfait, recherchera toujours le différent qui le distinguera des autres.

L’entreprise le sait. Elle fait les efforts qu’il faut et qu’elle juge adéquats en fonction de ce qu’elle a compris des attentes autant des individus, que des entreprises et que des marchés. Elle se reposera constamment la problématique de l’approche intelligente des dimensions humaines et économiques auxquelles elle fait constamment face.

L’innovation, dans son concept global, pourrait-elle apporter une solution aux défis qu’elle rencontre, ou une meilleure vision des dimensions qu’elle confronte ?


A LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION CONCRÈTE 

Avant de nous aventurer sur ce sujet, référons-nous à notre inséparable partenaire : le dictionnaire de la langue française[5]. Que nous apprend-il sur le terme innovation et sur celui de nouveau?

 Ø  « Action d'innover,
 Ø  Introduction, dans le processus de production et/ou de vente d'un produit, d'un équipement ou d'un procédé nouveau.
 Ø  Ensemble du processus qui se déroule depuis la naissance d'une idée jusqu'à sa matérialisation (lancement d'un produit), en passant par l'étude du marché, le développement du prototype et les premières étapes de la production.
 Ø  Processus d'influence qui conduit au changement social et dont l'effet consiste à rejeter les normes sociales existantes et à en proposer de nouvelles ».

Et innover, est défini comme : « Introduire quelque chose de nouveau pour remplacer quelque chose d'ancien dans un domaine quelconque ».

Enfin, comment se définit le mot nouveau ? Là, le dictionnaire est riche en définition. Ainsi, nous retiendrons, dans le cadre de cet article :

 Ø  Qui existe, qui est connu depuis peu,
 Ø  Qui est inhabituel, qui n'était pas connu jusqu'alors,
 Ø  Qui vient après quelqu'un ou quelque chose de même espèce, qui vient les remplacer, leur succéder ou s'y ajouter, 
 Ø  Qui est d'apparition plus récente qu'une autre chose (par opposition à ancien, vieux),
 Ø  Qui possède des qualités originales, qui est inédit,
 Ø  Qui est depuis peu quelque part, qui exerce depuis peu une activité,  novice, 
 Ø  Qui rappelle quelqu'un, quelque chose par ses caractères, 
 Ø  Qui marque une transformation, une rénovation par rapport à un état antérieur.

Référons-nous aussi à ce que d’autres auteurs nous proposent sur l’innovation[6] :

 Ø Innovation de procédés : L'innovation de procédés concerne la mise au point ou l'adoption de méthodes d’organisation, de développement, de fabrication, de production ou de distribution nouvelles.
 Ø Innovation de rupture : L'innovation est dite de "rupture" lorsqu'elle modifie profondément les conditions d'utilisation par les clients et/ou qu'elle s'accompagne d'un bouleversement technologique.
 Ø Innovation incrémentale : L'innovation incrémentale ne bouleverse pas les conditions d'usage et l'état de la technique, mais y apporte une amélioration sensible. Elle est souvent le fruit de la volonté de l'entreprise de conserver son avance technologique sur ses concurrentes. On parle aussi pour désigner une légère innovation incrémentale, d'amélioration de produit.

Les canadiens proposent :

 Ø L’innovation cumulative : elle suppose l’introduction d’un produit qui se caractérise par un certain degré de nouveauté et une certaine création de valeur.
 Ø L’innovation importante : qui suppose un degré considérable de nouveauté du produit et une création de valeur substantielle pour le client.
 Ø Innovation Pull (venant de l'expression : market pull) : Innovation suite à la demande exprimée du marché qui 'tire' le nouveau produit.
 Ø Innovation Push (venant de l'expression : technology push) : Innovation suite à l'évolution d'une technologie qui 'pousse' à innover.

Et Wikipédia propose[7] enfin :

 Ø L'innovation est, au sein d'une entreprise, le processus consistant à innover, c'est-à-dire à chercher à améliorer constamment l'existant de façon radicale.
 Ø C'est un changement dans le processus de pensée visant à exécuter une action nouvelle.
 Ø Une innovation est une amélioration radicale d'un produit, d'un service, d'un procédé ou d'une de leur composantes et qui remporte un succès commercial rapide.
 Ø Elle se distingue d'une invention ou d'une découverte dans la mesure où elle s'inscrit dans une perspective applicative.


Finalement, pourrait-on dire qu’innover, c’est simplement apporter du nouveau, définition qui rejoint celle proposée dans le site toupie.org/Dictionnaire « Introduire quelque chose de nouveau en terme d’usage, de coutume, de croyance, etc… ».

On se basera donc sur quelque chose qui existe déjà et auquel on a apporté des éléments améliorant l’état de ce qui est. Mais, au fil du temps et de l’utilisation/consommation, ce « ce qui existe déjà » devient ennuyant, gênant car il ne comporte plus l’intérêt qui avait stimulé le désir d’acquisition. Il faut donc rechercher l’autre chose.

Cet autre chose est d’abord une information qui attire l’attention et qui donne naissance à une idée, base de la conception d’un produit différent, plus complet ou plus fonctionnel peut-être. L’ultime peut-être ?

La transposition de l’idée en produit concret, fait appel à l’esprit créatif de l’entreprise, ou tout simplement à son Intelligence Créative et à son Intelligence Créatrice. A la base, c’est son Intelligence Compétitive qui va enclencher l’action de l’Intelligence Innovative et le développement des fonctionnalités de la concrétisation de l’idée sera le fruit de l’Intelligence Innovatrice.

Cette collectivité d’intelligences introduira le concept de l’innovation durable[8], c’est-à-dire la continuité dans la créativité base indubitable de la compétitivité de l’entreprise.


L’INNOVATION DANS L’OPTIQUE MARKETING[9]

Toute entreprise s’engage à développer ses activités, sa production et sa productivité dans l’optique d’augmenter ses profits par l’amélioration du niveau de satisfaction de ses consommateurs. Application simple d’un concept Marketing développé par KOTLER et ARMSTRONG, (2002),  dans leur livre ‘Principles of Marketing[10].

Il est clair et évident que les consommateurs satisfaits constituent le plus fort capital de l’entreprise, tandis qu’un marché satisfait est une garantie de continuité. Etre présent n’importe quand, dans n’importe quelle situation, n’importe où, apporter des réponses et des solutions est le plus fort avantage qu’une compagnie puisse offrir aux marchés. Il n’est, cependant, pas aussi puissant que le concept d’accompagnement qui caractérise la relation entreprise-individu. La croissance de l’entreprise est surtout dépendante de l’évolution des niveaux de satisfaction des clients et des marchés.

Considérant, dans une certaine mesure, que tout marché est un conglomérat de besoins et d’attentes, cet engagement doit inspirer à l’entreprise une identité de choix :

 Ø Créative dans un renouvellement constant et dans une innovation permanente, (Intelligence Créative),
 Ø Créatrice d’opportunités de développement qu’elle saura faire faire par les concurrents, (Intelligence Inspiratrice),
 Ø Productive d’idées, de concepts, d’innovations, de changements et d’orientation culturelle et professionnelle évolutive, (Intelligence Productive et Intelligence Productrice d’application et d’usage).

Investir dans la satisfaction des marchés est susceptible d’augmenter la performance économique de l’entreprise à travers l’accroissement de la demande, le développement de la loyauté des clients, la séduction de nouveaux clients, et la réduction des coûts.

Dans cet ordre de choses, il est important de s’attacher cette fidélité des consommateurs en les gardant toujours surpris et étonnés par l’imagination créative de l’entreprise : apporter du mieux pour vivre meilleur.


Moyens et objectifs de l’optique Marketing

La nouveauté et l'innovation classique, telle que nous les connaissons aujourd’hui, ne sont plus des facteurs de différenciation suffisante, car ces deux éléments sont devenus un dénominateur commun à toutes les entreprises. Il leur faut donc savoir comment se doter d’un avantage purement compétitif qui marquerait la distinction entre elles.  Faire appel donc à l’Intelligence Réflective et à l’Intelligence Projectrice, c’est-à-dire de doter de cette faculté de pouvoir projeter dans un futur proche, immédiat ou lointain, basé sur une compréhension effective et réelle des attentes des marchés.

Dans cet ordre de chose, l’Intelligence devient donc un catalyseur de vie externe. Elle apparaît éminemment créatrice et innovatrice parce qu’elle incite au développement, et y introduit des données nouvelles. Et c’est là où réside l’esprit d’entrepreneuriat, d’innovation et de changement durable et constant. Elle est créatrice car elle utilise des procédés de valorisation et d’innovation afin d’entraîner des réactions positives de la part de l’environnement où elle opère. Elle va donc inventer des moyens pour réaliser les changements attendus par cet environnement, et réfléchir sur des conséquences d’évolution sociale, professionnelle et expérimentale. 

Elle s’identifierait donc, à une énergie créatrice d’idées nouvelles et stimulatrice « d’activités diverses, permettant à l’organisation, de tenir compte et de réagir de manière appropriée à des éléments, ou à des conditions, de plus en plus variés et de plus en plus distants[11] ».

Si les objectifs marketing imaginés par les entreprises, sont de trouver des systèmes qui permettront de faciliter la vie quotidienne des consommateurs, loin du stress constant et des obligations contraignantes, l’Intelligence Créatrice va engendrer quelque chose qui, inévitablement, changera le cours des événements, en offrant l’innovation totale.

Les moyens utilisés feront, tout d’abord appel, aux ressources disponibles dont dispose une entreprise pour produire, développer et étendre ses activités, quitte à en acquérir des complémentaires. Ce sont aussi, les différentes stratégies conçues pour réaliser les objectifs de l’entreprise dont principalement la stratégie de collecte d’informations.

Ce sont donc des piliers, des fondations, sur lesquels reposent des actions qui sont de plusieurs types : physiques, matérielles, financières, humaines et informatives, auxquels la pensée managériale moderne ajoute l’Intelligence dans son concept général.

Les moyens répondent donc à une forme d’Intelligence certaine qui caractérise l’entreprise et qui est surtout constituée par l’Intelligence Stratégique. Elle va, inclure, cependant, l’Intelligence Interne, l’Intelligence Collective, l’Intelligence Rationnelle, l’Intelligence Relationnelle, l’Intelligence Économique et autres.

L’objectif est donc de rechercher des avantages compétitifs, une carte maîtresse, un savoir-faire, un certain talent, une source de créativité, une alliance, une nouvelle information. En bref, tout ce qui pourrait donner une avance, (forte, faible, ou même temporaire), sur les concurrents. Elle fera donc appel à l’Intelligence Collective, ressource inévitable dans le concept de la créativité et de l’innovation.

Compétences et performances

Certes, la performance est une conséquence directe de stratégies cumulées internes et externes, et appliquées dans l’optique de l’atteinte d'objectifs définis et choisis par toute entreprise. Cependant, comment comprendre ce terme autrement qu’à travers l’idée d’un ensemble coordonné et synchronisé de compétences ?

Pour saisir les enjeux stratégiques, il nous importe de définir, ici, les termes proposés de compétence et de performance. Ainsi, pour simplifier, rappelons que nous avions défini[12] :

 Ø Compétence : ce qu’on peut et sait faire grâce à l’apprentissage, à l’expérience et aux ressources intelligentes que l’on possède. Ce premier terme pose, bien sûr, les questions relatives à l’expérience acquise par l’entreprise, à son savoir-faire, à son savoir-comment-faire et à son savoir-être.

 Ø Performance : ce qu’on réussit à faire, après avoir acquis les apports de l’expérience, de la spécialisation et de la connaissance des comportements des environnements dans des situations nouvelles et/ou inattendues. Ce second met en relief principalement l’état de créativité et l’esprit d’innovation spécifique à l’entreprise.

Cette relation compréhensive compétences-performances introduit le concept de compétitivité totale qui se comprend par l’état du  vouloir être distinct dans toute la spécificité de l’entreprise. Il s’agit donc de personnalité propre et non plus d’une image de marque que l’on présente à un environnement économique[13].

La pensée managériale, ici présente et fortement active, demeure avant tout une réflexion autour de moyens dont doit se doter toute entreprise pour affronter les défis quotidiens des marchés et pouvoir aborder aisément ceux du futur. Un de ces moyens, sinon un parmi les meilleurs, est celui d’instaurer et de renforcer constamment, un esprit auto-constructif, auto-correctif et auto-régénérant de l’esprit entrepreneurial, esprit qu’on voudrait insérer à des niveaux individuels. C’est avant tout, pour l’entreprise, savoir utiliser l’Intelligence Collective dans son concept général, et ses variations dans les applications de management.

Faut-il être, alors, innovateur ou copieur, leader ou suiveur ? Comprenons par là qu’une entreprise choisit son leadership dans l’innovation et la créativité, ou dans le développement et l’amélioration de ce qui existe déjà.  Ce concept de choix stratégique et d’existence n’est pas quelque chose de nouveau. Il semble avoir déjà été abordé bien avant que l’entreprise ne se structure véritablement dans ce que l’on pourrait appeler, aujourd’hui, le concept moderne de la gestion d’organismes à caractère économique[14].

Relever les défis

Combattre les marchés avec des avantages sensibles, comparatifs, concurrentiels et compétitifs, c’est créer un défi constant et évolutif aux marchés concurrents! Quoi de mieux, donc, que l’innovation? Á condition, bien entendu, que l’on donne à ce terme une nouvelle définition ou, du moins, une nouvelle conception d’existence, ce que nous verrons plus loin. 

Cette collectivité d’intelligences va obliger l’entreprise, en un sens, à faire un bilan de ses avoirs, c’est-à-dire de ses ressources, de ses moyens, de son savoir, de ses connaissances, de son type de fonctionnement, de ses politiques internes qui vont se refléter sur l’environnement externe, son comportement, ses choix, ses tendances, sa compréhension de l’influence des facteurs internes et externes sur son activité générale et surtout la maîtrise de cet ensemble de moyens.

Comme nous l’anons vu plus haut, changer de produits ou utiliser de nouveaux services représente, en fait, l’accession à un nouveau style de vie. C’est le rôle principal de l’Intelligence Conceptuelle qui doit, en collaboration avec l’Intelligence Créatrice, imaginer constamment la dimension du nouveau. Ce dernier est animé d’une certaine Intelligence Potentielle[15] puisque sous l’effet de l‘action de l’utilisation, elle fait découvrir une fonctionnalité performante menant au critère de satisfaction recherché par tout utilisateur ou consommateur. L’Intelligence Potentielle se transforme ainsi en Intelligence Fonctionnelle.

C’est grâce à l’intervention de l’Intelligence Rationnelle que l’entreprise va pouvoir lancer un tel type de défi et, dans la mesure du nécessaire, favoriser une redistribution des cartes. Mener le jeu nécessite désormais l’introduction de nouvelles règles. Si la réponse du marché apparaît positive et si les prospectives et les perspectives semblent favorables, la réussite n’est plus qu’à portée de main.


La conception innovante

« L’analyse de l’organisation d’une firme innovante met en évidence une dynamique très rapide des métiers et des produits, une coévolution des produits et des compétences. Cette dynamique n’est ni planifiée ni chaotique[16] ». 

L’innovation consisterait donc à développer une dynamique créative de nouveau aboutissant à la mise sur le marché d’un flux continu de nouveaux produits grâce à un ensemble de connaissances récollectées d’un marché en constante recherche du différent, du plus performant ou, tout simplement, du plus satisfaisant.

Elle est une dimension à part entière qu’il s’agit de gérer en tant que dimension stimulatrice et productive d’adaptation au nouveau, car l’avantage compétitif des entreprises passe précisément par leur capacité à être suffisamment créatives pour développer l’innovation.

Mais tout processus d’innovation repose sur des connaissances particulières:

 Ø Une recherche compréhensive et indicatrice de styles de vie existants,
 Ø Une connaissance profonde de la relation reliant le couple produit-services et le style de vie,
 Ø Une identification des choix recherchés dans la qualité de vie recherchée,
 Ø Une notion complète des aspirations et des attentes des individus consommateurs,

Connaissances apportées par l’Intelligence Économique.

Il s’agirait, peut-être, de revenir au concept de la valeur ajoutée si chère aux experts en Marketing. Nous pourrions dire, comme cela a déjà été fait dans plusieurs de nos articles[17], que la valeur ajoutée serait principalement ce que chaque individu pourrait retirer, comme avantage psychologique, de l’usage ou de la consommation de ce qu’il achète.

L’image sociale choisie, et projetée dans l’identification et l’adoption d’un comportement considéré valable, pourrait en être un exemple.

Ainsi, une série de questions vient à l’esprit :

 Ø Comment définir cette notion de valeur dans la conception innovante?
 Ø Comment dire la valeur de ce qui est à concevoir ou de ce qui est en train de se concevoir?
 Ø Comment définir la valeur de l’innovation produite en excès?
 Ø Quelle est la valeur d’un concept?

Et ceci, tout en réfléchissant à la liaison possiblement existante avec :

 Ø Quelle est la valeur d’un marché ?
 Ø Quelle est la valeur d’un individu acheteur, consommateur ou utilisateur ?
 Ø Quelle est la valeur de l’expérience d’un marché ?
 Ø Quelle est la valeur de l’expérience d’un individu ?

Et enfin :

 Ø Quelle est la valeur de la connaissance d’une entreprise sur ce qui vient d’être défini ?
 Ø Que représente la valeur de la relation client, en termes de connaissances ?
 Ø Que représente la valeur del’expérience client ?
 Ø Que représente la valeur du partenariat possible avec le marché autant qu’avec le client?


Selon GADREY et ZARIFIAN[18] par exemple, la valeur englobe l’ensemble des transformations susceptibles d’être produites dans l’activité des destinataires et évaluées comme positive par ces derniers. Une telle approche de la valeur intègre la notion d’expansion


INNOVATION ET MANAGEMENT 

Il est facile de dire « innovons » ! Il n’est, cependant pas facile de le faire, ni de l’implémenter, si mentalement l’entreprise ne s’y est pas préparée.

Ainsi, innover sur et pour un marché nécessite à priori, d’innover d’abord à l’intérieur.  Apporter donc quelque chose au train-train ou à la routine de chaque jour. Il s’agirait, principalement et comme nous l’avions décrit dans l’article sur le changement durable[19], de penser management autrement.

Ce quelque chose à insérer dans les procédures de pensée quotidienne ne doit pas être du nouveau puisque ce dernier vient se greffer sur ce qui existe déjà, le modifiant ou l’améliorant suivant le cas ou la situation. Il ne s’agit pas de concevoir autrement ce qui ramènerait à dire reprendre ce qui est et le refaire d’une manière différente.

Il s’agit d’être particulièrement créatif pour insérer l’innovant c’est-à-dire le changement total. Ce changement doit apporter un nouvel esprit et  une nouvelle dynamique d’action : agir avec les autres, partager avec les autres et écouter les autres.

Commençons par écouter nos propres collaborateurs qui ont l’expérience du réalisable et, de là, passer à ce qui peut être réalisé dans le concept du différent total.

Prenons l’exemple suivant : quelle est l’activité principale du chef ? en considérant que le chef représente le directeur général, le directeur de département, le superviseur ou le chef d’équipe :  

Classiquement, l’entreprise était pensée autour de l’autorité pyramidale, avec le concept du patron qui est tout, qui sait tout, qui peut tout. Donc la relation dominant-soumis. Dans cet esprit de gestion, quelle part avait-on accordée à l’esprit créatif de l’individu employé ?

  • Faible, pour ne pas dire inexistante dans la phase de conception et de planification,
  • Participante dans la phase d’application par des modifications techniques,
  • Grande dans l’évaluation et la responsabilisation.

Il est toujours facile de cacher ses erreurs, autant que son incompétence, derrière celles, ou celle, des autres.

Ainsi, en prenant modèle sur le comportement des grands généraux de l’histoire, pourquoi ne pas considérer le chef comme membre, participant actif de l’équipe ?

On a toujours affublé au chef le titre pompeux de leader, sans qu’il n’en ait toutes les véritables qualités. Pourquoi ne pas lui ajouter la qualité du membre actif ? Certes, il est actif, mais dans la plupart des cas, il est isolé dans ses préparations, ses décisions et ses conceptions.

Ainsi, donnons-lui les qualificatifs développés de :


  • Leader, c’est-à-dire celui qui fait que les autres le suivent, avec les qualités de confiance, de crédibilité, de valeurs humaines, morales et sociales, et de charisme.
  • D’encadreur, c’est-à-dire celui qui délimite l’espace d’action afin que les énergies ne soient pas disperées inutilement, mais qui sait les concentrer vers les objectis, les buts et leurs réalisations,
  • De coach, c’est-à-dire celui qui sait former, développer les compétences, les savoir-faire, les avoir-comment-faire et les savoir-être. Celui qui sait transformer le potentiel inerte en potentiel performant,
  • De stimulateur, c’est-à-dire celui qui sait encourager et qui sait créer à l’intérieur de chacun la volonté du bien faire, la volonté de réussir.
  • De membre de l’équipe, c’est-à-dire celui qui travaille au milieu de tous, avec tous et pour tous. C’est aussi celui qui sait l’importance de la relation d’échange autant humaine que professionnelle. L’homme à la porte ouverte…




ENCADREUR



LEADER
MEMBRE
DE
L’ÉQUIPE

STIMULATEUR


COACH


Fig. 1 – Qualificatifs développés d’un chef


Ce qui nous amène à conclure, dans ce cadre spécifiquement : innover dans le concept du relationnel managérial, et concevoir l’entreprise en schéma plat et non plus en schéma pyramidal. Ce serait, en quelque sorte, inclure dans un seul concept le management classique, le management participatif et le management collaboratif.

Par extension, et suivant le nombre des équipes agissantes et coopérantes au sein d’une même organisation, repenser le relationnel managérial en concevant l’ensemble des équipes sur un cercle avec pour centre le collège directorial (composé du directeur général et des directeurs de département).

Une nouvelle tâche apparaît donc, celle de gérer efficacement l’activité de la conception managériale innovante.

L’innovation managériale ainsi conçue, aura comme première tâche la coordination du travail des équipes dans une relation de cooperation continue et synchronisée.

Ce rôle sera principalement imparti à une collectivité d’intelligences composée principalement par l’Intelligence Relationnelle, l’Intelligence Cooperative, l’Intelligence Coopératrice, l’Intelligence Collaborative, l’Intelligence Collaboratrice, l’Intelligence Synchronisative et l’Intelligence Synchronisatrice.

N’est-ce pas, en quelque sorte, une approche pratique de l’Intelligence Collective ?


TRANSPOSITION DANS L’ACTIVITÉ SUR LES MARCHÉS

« Comment innover quand on ne sait plus ce qu’on doit inventer[20] »?

Belle question, il faut le dire. Mais elle se pose quand l’Intelligence Innovative et l’Intelligence Créative passent par une période de fluctuation, c’est-à-dire quand elles marquent une pose afin de donner le temps pour assimiler ce qui a été conçu, realisé et implimenté.

Cependant, notons que la concurrence a fortement participé au passage du normal vers le nouveau puisque chaque entreprise prise dans le courant du changement et de l’innovation, cherche, analyse et crée.

Comment alors se démarquer des autres, sachant que « l’entreprise recherche systématiquement, grâce à un travail collectif de génération de nouveaux concepts, de nouvelles possibilités de développement[21] » ?


Nous proposerons quelque chose de plus simple : donner non pas une nouvelle définition à l’innovation, mais de lui donner une autre dimension d’action : changer les habitudes.

N’est-ce pas finalement ce que le téléphone mobile, Internet et la voiture ont réellement fait?

Développons ce modèle car il s’agit d’apporter une réorientation totale des styles de vie, des qualités de vie et de l’art de vivre dans la dimension du même revenu financier dont dispose l’individu quotidiennement. Sinon, quel est l’intérêt ?

L’enjeu principal concurrentiel est l’esprit compétitif et créatif de l’entreprise. Savoir lui donner ce que les autres n’ont pas, ou pas encore puisque bientôt tout sera commun par imitation, copiage, etc.

Et pourquoi pas créer une mode de vie innovative ?


  • Par des produits innovatifs de style de vie,
  • Par des marques innovatives de qualité de vie
  • Par des services innovatifs d’accompagnement des entreprises ?



 




RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

ARMSTRONG-KOTLER – (2002), Principles of Marketing - Ed. Prentice Hall
GADREY J., ZARIFIAN P., (n.d.) L'émergence d'un modèle du service : enjeux et réalités – Editions Liaisons.
GAREL G. -  Université de Marne-la-Vallée École polytechnique in Pascal LE MASSON P., WEIL B., et HATCHUEL A., (2006) - Les processus d’innovation, conception innovante et croissance des entreprises - Paris, Hermès Lavoisier.
KHADIGE C., (2008) – L’Intelligence d’Entreprise, vers une caractérisation « intelligente » des entreprise – Thèse doctorale – Université Paul Cézanne – Aix Marseille III
LOVELOCK D.  (2002)   – « Principles of Economics » - Ed. Prentice Hall
OLERON P. – « L’Intelligence » - PUF – 1994 – Page 7
PLURIEL, Revue de réflexion de l’APM - No 3 / Janvier 2010


WEBOGRAPHIE
http://www.toupie.org/Dictionnaire/Innovation.htm
http://www.larousse.com/en/dictionaries/french
http://fr.wikipedia.org/wiki/Innovation




[1] No 3 / Janvier 2010
[2] Idem
[3] Consulter le blog de l’auteur : cgcjmk.blogspot.com
[4] Dans ce paragraphe, l’auteur tient surtout à mettre en relief des différences et n’a aucune intention de dévaloriser marques ou produits. Il tient simplement à montrer des différences en style et en qualité de vie. Merci de le comprendre ainsi.
[5] http://www.larousse.com/en/dictionaries/french
[6] Emprunté textuellement de l’article Plein de définitions de l’innovation - http:// erwan.neau.free.fr/ innovation.htm
[7] http://fr.wikipedia.org/wiki/Innovation
[8] En référence à la définition de l’innovation tirée de www.toupie.org/Dictionnaire/innovation.html
[9] Une grande partie de ce paragraphe est issu de la thèse doctorale de l’auteur L’Intelligence d’Entreprise, vers une caractérisation « intelligente » des entreprises – Thèses soutenue à l’Université Paul Cézanne – Aix Marseille III – Décembre 2008.
[10] ARMSTRONG-KOTLER – (2002),  Principles of Marketing  - Ed. Prentice Hall
[11] OLERON P. – « L’Intelligence » - PUF – 1994 – Page 7
[12] Voir les différents articles de l’auteur sur cgcjmk.blogspot.com
[13] Une personnalité est un état qui évolue dans le temps tout en conservant ses caractéristiques et ses particularités. Par contre, l’image de marque peut changer, dans le sens d’une amélioration, ou d’une dévalorisation, de la perception  qu’ont les individus d’une entreprise. (J.L.Bauvais – Pratiques en Psychologie Appliquée – PUF). (Note reçue par téléphone le 15 décembre  2005 – Reproduite sous toute réserve par l’auteur).
[14] Lovelock,  D.  (2002)   –  « Principles of Economics » - Ed. Prentice Hall.
[15] On pourrait mieux comprendre l’idée de l’intelligence potentielle en se rappelant l’énergie potentielle que possède tout corps et telle qu’enseignée en cours de physique appliquée.
[16] GAREL G. -  Université de Marne-la-Vallée École polytechnique in Pascal LE MASSON P., WEIL B., et HATCHUEL A., (2006) - Les processus d’innovation, conception innovante et croissance des entreprises - Paris, Hermès Lavoisier.
[17] Voir le blog de l’auteur cgcjmk.blogspot.com
[18] GADREY J., ZARIFIAN P., (n.d.) L'émergence d'un modèle du service : enjeux et réalités – Editions Liaisons.
[19] Voir blog de l’auteur
[20] N.d.
[21] N.d.
Enregistrer un commentaire